Des plaques, des blocs et des cubes de paraffine, de béton et de pigments : les matériaux qu’Ulrich Haug utilise pour ses migmatites, ses érosions, ses sédiments, pour la série Schichtweise et les Erinnerten Orte, ne pourraient être plus divers et contradictoires. Et pourtant, ils se ressemblent tant. Outre des sédimentations concrètes aux textures variées, on observe également des structures de flux : des stries colorées et des gouttes figées qui se développent comme des stalactites dans des lacs souterrains et des galeries creusées par l’érosion. Des coupes précises permettent d’appréhender les couches, à l’instar des cernes annuels du bois. Des nuages de brume blanc-bleu et un noir de suie estompé viennent percer le gris et le brun terrestres.
Le spectateur éprouve un sentiment complexe né d’un mélange de regret et d’émotion. C’est l’acceptation de l’éphémère, élevée au rang de sensibilité esthétique, telle une mélancolie nostalgique face à la perte des choses que nous devons laisser partir. C'est l'esthétique d'une joie silencieuse, inévitablement liée à la tristesse, qui nous fait percevoir le monde plus intensément et en profiter davantage. Les Japonais ont pour cela l'expression : voir la véritable beauté dans la fugacité de la beauté.
- Betha Maier-Kraushaar